TOUT CE QUE VOUS VOULEZ SAVOIR SUR LE SINGE BLANC (Mise à jour du site le 7 Octobre 2003)
1977 – 2003 : vingt six ans d’activité
dont bientôt 19 en compagnie du « Singe Blanc ». Il me fallait
à l’époque trouver une enseigne, couvrant cultures et croyances
de toute l’Asie du Sud-Est. L’Inde, le Népal, le Laos, la
Thaïlande, le Cambodge, l’Indonésie, le Sri-Lanka et aussi
l’immense monde chinois ont en commun un, ou plutôt deux singes
de légende, très populaires, dieux sans lesquels les cultures
et mythes hindouistes ou chinois seraient incomplets.
Commençons si vous le voulez bien par la culture hindouiste et l’une
de ses légendes de base : le RÂMÂYANA. Il était une
fois un grand pays appelé Kosala. Les moissons étaient bonnes,
la vie douce et les voleurs n’existaient pas. Le Roi, Dasarata (ou Daçaratha)
était aimé de tous. Ses quatre fils, Râma, Bharata, Lakchmana
et Satrugna, élevés dans la sagesse, s’entendaient à
merveille. Dasarata avait plus de 90 ans et pensait à céder le
trône au Prince Râma, son fils aîné. Hélas,
l’une de ses femmes, la Reine Kaikeyi, mère de Bharata, suite à
un subterfuge réussit à faire bannir Râma pour 15 ans, dans
la forêt de Dandakâ. Nul n’était revenu vivant de Dandakâ
! Râma réussit à survivre 14 années entouré
de sa femme, la belle Sîtâ (ou Sinta) et de son jeune frère
Laksmana (ou Lackchmana). Tout se gâta lorsque Râwana, celui dont
le nom fait frissonner la mort, Roi de l’île de Lankâ et des
Râkchasas (armée de démons) décida d’enlever
la belle Sîtâ. Errant seul dans la forêt, Râma arriva
le 7ème jour vers midi au pied du Mont Reksamuka, place forte de l’armée
des Wanaras, une race d’énormes et nobles singes, commandée
par Hanila, le Singe Bleu et dont le roi se nommait Sougrîva. La décision
fut prise : sauver Sîtâ. Singes noirs, singes jaunes se joignirent
aux grands singes Catabali. Vinata. Plavaga. Souchena et Hanoumât ou Hanuman,
fils du vent, passé à la postérité en tant que Singe
Blanc. Objectif : délivrer la belle princesse Sîtâ. Vinata
s’élança vers l’est, Souchena vers l’ouest,
Catabali au nord et Hanuman disparut vers le sud. Il fut aidé en chemin
par le vautour Sampati envoyé par Yama, Dieu de la mort et lui révéla
l’endroit où Râwana séquestrait Sîtâ :
un palais aux murailles d’or à Lankâ (l’île de
Ceylan).
Parti en éclaireur, Hanuman, doté de pouvoirs magiques, s’envola
vers Lankâ. Avalé par Kataksini, Gardien des Mers, il put, grâce
à ses dons surnaturels, s’échapper, puis, au soleil couchant,
retrouver la belle Sîtâ et lui montrer la bague de Râmâ
en signe de reconnaissance. Un mois plus tard, une gigantesque armée
de plus d’une centaine de milliers de singes arriva à l’extrême
sud de l’Inde, au bord de l’océan déchaîné.
L’incroyable force des singes permit de construire avec des rochers et
des arbres, une chaussée jusqu’à Lankâ et de franchir
l’océan. La suite, vous la devinez. Grâce au courage des
singes, à l’intelligence et aux pouvoirs magiques d’Hanuman,
Râmâ put triompher de l’armée des démons et
délivrer Sîtâ.
Désolé, c’était un peu long, mais il fallait vous
situer Hanuman, le courageux, le redoutable, le malin et parfois magicien. Laissons
le palais de Lankâ en flammes et retournons vers la Chine où nous
attend un autre singe, souvent représenté en blanc, d’un
tempérament plus complexe mais très intéressant, voire
attachant. Rassurez-vous, je ne vous narrerai pas la légende du Singe
Pèlerin. Sachez cependant qu’il s’appelle Sun Wu Kong, que,
petit déjà, il était doté de pouvoirs magiques.
Il apprit les 72 transformations. Comme Hanuman, il sait voler sur les nuages,
peut aussi se transformer en poisson, buse ou lapin, géant à trois
têtes et six bras et faire face au Dieu du Tonnerre avec ses six gourdins
cerclés de métal. Il peut grossir démesurément,
devenir minuscule voire invisible et peut même se transformer en édifice
votif.
Il devint rapidement « Roi Singe du Mont des Fleurs et des Fruits ».
Plus tard, il fut nommé par l’Empereur de Jade en personne «
Palefrenier des Ecuries Célestes » mais, considérant ce
titre indigne de lui, se proclama « Grand Sage, Egal du Ciel »
Rebelle, arrogant, déterminé et aussi sympathique, il déteste
l’injustice, s’accommode mal de l’autorité et de l’ordre
établi. Rien ne l’arrête, il bouleverse le festin des Dieux
en mangeant les pêches de longévité, vole l’élixir
fabriqué par le sage Lao-Tseu. Excédé, le Bouddha l’enferme
pour cinq cents ans sous la Montagne des Cinq Doigts.
Gracié beaucoup plus tard, il rencontre le moine Tang, Xuan-Zang alias
Tripitaka qui fut prié par le Bodhisattva Kuan-Yin de faire un long pèlerinage
vers l’ouest de plus de cent huit mille lieues afin d’en rapporter
des sutras, textes sacrés. Ce voyage allait durer 14 ans.
Notre singe devint son premier disciple et le protégea grâce à
ses pouvoirs magiques, non sans une certaine insoumission. Aidé par le
cochon, ce convoi arriva à bon port après mille épreuves
parmi lesquelles, combats contre les ogres, les démons et autres bêtes
féroces : passage de la Rivière des Sables Mouvants : des démons
voulaient en effet dévorer le moine afin de devenir immortels.
De retour, les pèlerins remirent à l’Empereur de Chine le
fruit de leurs exploits : les sutras du bouddhisme destinées à
sauver l’humanité et la délivrer des tourments. Pour les
puristes, sachez que ces écritures se répartissent en trois corbeilles
: celle de la Loi, celle des Discours et celle des Ecritures qui rachètent
les morts. Le tout se divise en
35 chapitres et comportent 5144 rouleaux.
Ce roman épique écrit par Wu Chen Eng au temps des Ming, est très
populaire en Chine et bien au-delà. Notre singe a été divinisé.
De nos jours, il chasse les démons et les maladies. Comme son homologue
hindouiste, Hanuman, il est représenté au théâtre,
dans l’opéra, et dans de nombreuses pièces de masques ou
marionnettes. Il est même actuellement vedette de films et passe à
la télévision.
Pour ma part, mon premier contact avec les ombres indonésiennes en 1974,
m’a permis de rencontrer le Singe Blanc Hanuman, et récemment,
lors de l’un de mes plus passionnants voyages, ma surprise fut grande,
lorsque, randonnant dans un étroit sentier menant aux chutes de Huangguoshu,
au sud-est de la province du Guizhou au pays Miao, j’ai vu, non loin des
chutes, un petit singe en pierre, suspendu et sculpté dans le roc. Etais-je
près de la grotte du rideau d’eau, au Mont des Fleurs et des Fruits
? Quoi qu’il en soit, cette image en forme de clin d’œil pour
ce 20ème anniversaire, dans un endroit quasi inconnu, n’est pas
un hasard.
Merci Singe(s) Blanc (s) de faire rêver la moitié de l’humanité
et de bien vouloir accepter cette modeste représentation à Paris,
si loin des Rouleaux de la Sagesse. Patrice Gobert individis@aol.com